L’Ambassadeur s’entretient avec Dnevni Avaz (9 juin 2014)

Entretien de S. Exc. M. Roland Gilles, Ambassadeur de France en Bosnie-Herzégovine, avec Dnevni avaz, le 9 juin 2014 (questions de M. Sead Numanović)

1. Comment la France aide-t-elle les régions touchées [par les inondations] ?

Notre ambassade, en liaison avec les autorités bosniennes compétentes, a immédiatement fait part, en France, des besoins des régions dévastées par les inondations. En fonction également des secours apportés par les autres Etats et par l’UE, dans le but d’agir de façon complémentaire, nous avons fait le choix de nous concentrer sur la « potabilisation » de l’eau et la fourniture d’abris et de matériel pour les populations qui en étaient momentanément démunies. Plusieurs organisations françaises se sont immédiatement mobilisées.

La France a ainsi envoyé, en accord avec le ministère bosnien de la sécurité, plusieurs pompiers de l’organisation Pompiers de l’urgence internationale dont un médecin et un spécialiste en eau potable, une centrale de filtration de l’eau, un poste médical avancé et divers matériel (bottes, vêtements etc.). La mission confiée par la direction de la sécurité civile de Bosnie-Herzégovine était d’assurer l’approvisionnement en eau potable pour environ 500 foyers à Srebrenik. Plusieurs autres associations de pompiers français ont entrepris des actions similaires, essentiellement pour procurer de l’eau potable aux populations, dont Les secours de la Croix blanche.

L’organisation française SOS Attitude a fourni des abris d’urgence dans le canton de Tuzla et dans la région de Bijeljina, notamment dans les villages de Paraći, Janja et Sapna.

2. Le président français, lorsqu’il reçut le président serbe, annonça une action française décisive pour aider à la reconstruction à la suite des intempéries. Avez-vous les détails de ce plan, si l’annonce en est bien exacte ?

En effet, à la suite de l’entretien entre le président François Hollande et son homologue de Serbie [Tomislav Nikolić] le 22 mai, la France travaille avec les différentes parties concernées à l’organisation d’une conférence des donateurs. Cette conférence s’appuiera sur le rapport final d’évaluation des besoins qui doit être remis le 18 juin. Dans l’immédiat, la priorité va à la réalisation de ce rapport.

3. M. l’Ambassadeur, vous avez visité les régions touchées [par les inondations]. Où êtes-vous allé et quelles sont vos impressions ?

Je viens notamment de me rendre dans la région de Gračanica et ai transité par les secteurs de Maglaj et Doboj. Je suis frappé par l’ampleur des destructions touchant aussi bien les infrastructures et les bâtiments que les sols eux-mêmes. Ce qui reste du lit de la Bosna est un spectacle de désolation. J’ai visité des entreprises inondées et stoppées dans leur production, des maisons dévastées par les eaux et dont plus rien n’est utilisable pour les familles. Je mesure le drame pour les familles, celles qui sont endeuillées et qui ont tout perdu. Nous devons être solidaires.

Mais j’ai vu aussi combien les réactions locales, l’entraide des voisins, l’engagement des collectivités locales sont grands. Il y a des lieux où, deux semaines après, on ne peut imaginer ce qui s’est passé tant il y a d’ardeur locale à redonner vie aux lieux dévastés. Je veux rendre hommage aux chefs d’entreprises qui se battent pour relancer le travail, ne pas perdre de parts de marchés, préserver autant que possible les emplois. J’ai vu beaucoup de héros qui resteront dans l’anonymat.

4. Comment se passent les préparatifs du Centenaire de la Première Guerre mondiale ?

Mon pays a pris l’initiative, vos lecteurs le savent, de proposer l’organisation d’événements porteurs d’un message simple, après un siècle de conflits et alors que d’autres se poursuivent ou voient le jour. Le message est celui de la réconciliation et de la paix.
Si la priorité du moment est bien sûr celle de la réparation des dommages causés par les inondations – et nous travaillons tous dans ce sens –, la décision a été prise de poursuivre la préparation et la réalisation de nos projets liés au Centenaire. C’est dans cet esprit que la récente conférence de presse de la Fondation Sarajevo, cœur de l’Europe a dévoilé les événements que portent plusieurs pays européens – dont la France – et des acteurs locaux de la culture, soutenus par l’Union européenne.

Nous mettons la dernière main à plusieurs projets emblématiques.

Le 28 juin, la Vijećnica de Sarajevo accueillera notamment l’orchestre philarmonique de Vienne en présence de nombreuses personnalités de divers pays, en coproduction avec France Télévisions, ZDF et BHRT.

Le film, Les Ponts de Sarajevo, associant treize réalisateurs, a été présenté au festival de Cannes et bien accueilli. La première sera donnée à Sarajevo le 26 juin.

Le Grand Prix de Sarajevo, en association avec le Tour de France, les villes de Sarajevo et Sarajevo-est, la fédération de cyclisme de Bosnie-Herzégovine, en présence d’anciens et légendaires vainqueurs du Tour de France, se déroulera le 22 juin 2014, en lien avec la mémoire dramatique du Tour de France 1914.

Concerts, échanges d’étudiants, expositions, débats d’idées à l’initiative d’autres pays européens complètent ce programme.

En outre, avec le support de la Mission française du centenaire, l’ambassade de France a déjà accueilli et accueillera de nombreux media français, dont Radio France (France Inter et France Culture) et la chaine Arte qui diffuseront des débats du 23 au 28 juin 2014 : le 28 juin, France Culture émettra vingt-quatre heures en continu et en direct de l’Institut bosniaque de Sarajevo ; le 27 juin, France Inter proposera une journée d’émissions réalisées en direct et en public de Sarajevo ; Radio France International émettra de l’Institut français de Sarajevo face au marché Markale. Arte offrira deux grands documentaires sur Sarajevo ("ville symbole des conflits du XXe siècle") ; les médias de BH et de la région seront invités à s’y associer.

5. Quel est votre commentaire sur la position de la Republika Srpska et le comportement de cette entité à l’égard de l’attentat de Sarajevo ?

La question du choix des autorités de RS au sujet du centenaire m’offre l’occasion d’exprimer un regret touchant tous les responsables politiques : le regret de ne pas voir la classe politique entière, unie, exprimant un message tourné vers l’avenir et à destination des jeunes générations. C’est une fois de plus, à mes yeux, une occasion manquée. Dans cet esprit, je considère de la même manière le fait de ne rien faire, de ne prendre aucune initiative et le fait de marquer son action de mémoire à sa façon, chez soi, avec les siens, tourné vers son passé.

Je regrette en particulier que n’ait pas abouti le projet d’organiser en Bosnie-Herzégovine une conférence historique unique, réunissant des universitaires et historiens du monde entier, incluant Sarajevo, Banja Luka, Belgrade, Paris, Vienne etc., chacun y exprimant sa vision du 28 juin 1914 de la manière la plus scientifique et objective possible. Je ne peux que regretter que cela n’ait pu avoir lieu en raison d’une absence de vision commune du centenaire. Surtout un siècle après l’événement commémoré.

Mais je veux conclure ma réponse sur un témoignage. Je travaille depuis plus de deux ans avec de nombreuses personnes qui croient au message de réconciliation et de paix, qui s’engagent pour réussir les rendez-vous qui arrivent, qui partagent sans considération d’origine, de lieu de résidence, de religion, l’envie de « vivre ensemble » des moments forts et riches de sens pour l’avenir. Ils sont les gens de bonne volonté qui confortent ma motivation. Je retrouve chez eux le même engagement positif, la même solidarité que j’ai observés dans l’entraide qui a prévalu entre les habitants de ce pays pour faire face au drame des inondations./.


Version bosnienne de l’entretien

Dernière modification : 09/06/2014

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