Coopération entre la France et la Bosnie-Herzégovine : l’Ambassadrice répond aux questions de Buka (23 mars 2016) [bs]

A l’occasion de sa visite à Banja Luka, Mme Claire Bodonyi était l’invitée du portail politique Buka.

Mme l’Ambassadrice s’est exprimé sur l’importance de la coopération entre la France et la Bosnie-Herzégovine et sur les enjeux de sa candidature à l’Union européenne.
Mme Claire Bodonyi a aussi évoqué les Journées de la Francophonie, qui célèbre la langue française mais aussi la diversité et le partage culturel.

Retrouvez-ci dessous une transcription française de cette interview :

1. Comment estimez-vous la coopération entre la BH et la France, et dans quels domaines est-elle la plus présente ?

La coopération entre la France et la BH est riche, en particulier dans deux grands domaines : la culture, et la police.

Dans le domaine culturel, la France a porté le grand projet Sarajevo Cœur de l’Europe en 2014. Elle mène aujourd’hui de nombreuses initiatives pour la francophonie, la reconstruction des institutions culturelles détruites par les inondations de 2014, et le développement durable. Dans tous ces projets, la France est associée à des partenaires locaux, comme ici l’Université de Banja Luka et la NUBRS car c’est comme cela que se créent les liens durables.

Nous avons aussi une forte coopération entre les services de police, à tous les niveaux. Cela nous permet de progresser dans la lutte contre les trafics, mais aussi contre le terrorisme et la radicalisation.

2. Comment améliorer la coopération de deux pays dans le domaine économique, ce qui est peut-être le plus important pour les habitants de deux pays ?

Des entreprises françaises sont présentes en BiH mais il est vrai qu’elles ne sont pas assez nombreuses. Ces entreprises ont besoin de confiance.

Pour renforcer cette confiance, il y a deux choses. D’abord, l’agenda de réformes. L’Etat de BH, la RS et la Fédération se sont tous lancés dans ces réformes, c’est un premier pas. Il faut à présent mettre l’accent sur la mise en œuvre pour améliorer l’emploi et le climat économique. La deuxième chose, c’est d’accélérer la lutte contre la corruption.

3. Le rôle de la France dans la construction de la BH dans les années de guerre et d’après-guerre a été évident. Pourquoi a-t-on l’impression qu’il diminue de plus en plus et comment la France peut aider la BH et ses citoyens, pour que, à la fin, nous-mêmes nous puissions nous aider à construire la société démocratique telle qu’elle est dans votre pays ?

La France est toujours présente pour accompagner la BH. Son rôle a été très important pendant les années de guerre et d’après-guerre, et elle a payé le prix du sang, avec 86 soldats français tombés au service de la paix. Mais heureusement, la situation n’est plus la même que dans les années 1990. La présence de la France est donc différente.

Le rôle de la France aujourd’hui, c’est de soutenir la BH vers son adhésion à l’Union européenne. Le Président français s’y est engagé en 2013. Pour cela, la France travaille beaucoup avec la Délégation de l’UE. Elle agit aussi à travers les instruments européens, qui sont financés par les Etats-membres. Le rôle de la France se voit donc peut-être moins, mais elle est toujours là !

La France souhaite aussi renforcer la présence de sa culture et de ses grandes idées de liberté, d’égalité et de fraternité, dans toute la BH. C’est en partie pour cela que suis à Banja Luka aujourd’hui. Nous célébrons en ce moment les Journées de la francophonie, c’est à dire de la langue française, mais aussi de la diversité et du partage culturel.

4. Comme un des pays les plus grands et les plus importants de l’UE, dans quelle mesure la France peut aider la BH sur son chemin européen ?

La France apporte d’abord tout son soutien politique au destin européen de la BH. Le Président Hollande s’y est engagé il y a 3 ans à Brdo : l’avenir de tous les pays des Balkans occidentaux se situe au sein de l’UE.

Pour que sa candidature soit crédible, la BH a bien sûr des conditions à remplir, et la France conseille et soutient les autorités de l’Etat et des entités pour mettre en place les mesures nécessaires.

Un exemple concret : pour avoir des frontières ouvertes avec l’UE, il faut que ces frontières soient sûres. C’est pourquoi la France collabore avec tous les services de police de BH, contre les trafics d’armes, de drogue et d’êtres humains. Plusieurs arrestations importantes ont eu lieu grâce à ce travail commun.

Pour intégrer l’UE, il faut aussi une volonté politique. La France soutient donc les personnes qui s’engagent vraiment pour améliorer la situation en BH, dans le cadre de l’agenda de réformes. Par exemple, le Premier ministre de la Fédération Fadil Novalic a été récemment invité à Paris.

5. Quels sont, selon vous, les plus grands obstacles pour le progrès de la BH dans l’intégration européenne ?

A mon avis, le plus grand obstacle, c’est l’absence de culture de compromis en BH. Vous savez, l’UE, c’est 28 Etats très différents. Cela ne peut fonctionner que si tout le monde fait des efforts en permanence pour atteindre des compromis. Pour cela, il faut accepter l’idée qu’un compromis n’est pas une défaite pour soi, mais une victoire pour tous. En BH, trop de responsables restent incapables d’écouter les autres, et de faire cet effort de compromis.
Le deuxième obstacle, ce sont les diversions politiques. Trop souvent, des politiciens manipulent la population pour éviter de travailler sur le renforcement de l’économie et de la société. Ils agitent des sujets qui opposent les communautés au lieu d’essayer d’améliorer la vie des gens.

6. Lorsque vous regardez de l’extérieur, voyez-vous la volonté politique pour que la BH puisse avancer, pour que les réformes soient mises en œuvre qui rendraient la vie meilleure aux gens, et si elle existe (la volonté politique), pourquoi on ne le ressent pas dans les exemples concrets ?

C’est clair pour moi : certains dirigeants ont cette volonté politique, d’autres ne l’ont pas. Ceux qui n’ont pas de vraie volonté politique pour faire avancer les réformes tentent de les détourner, de les utiliser pour leurs intérêts propres.

Ce genre de détournement arrive malheureusement dans tous les pays. Mais en BH, il y a urgence. L’initiative germano-britannique a donné une deuxième chance au pays sur la voie de l’UE. Il faut saisir cette deuxième chance dès maintenant, car il n’y en aura pas de troisième.

7. L’ambassade de France consacre beaucoup de temps à l’organisation de différents évènements grâce auxquels les citoyens de la BH ont la chance de connaitre la culture de votre pays. Bientôt nous allons avoir les journées de la Francophonie à Sarajevo, Banja Luka et Mostar. Quelle est l’importance de cet événement et que représente-t-il ?

La francophonie, c’est 80 pays, 274 millions de personnes, et des valeurs universelles de paix et de diversité. Jusqu’au 2 avril, de nombreux événements auront lieu dans toute la BH autour de la langue française et de sa culture. Le programme est disponible en ligne : http://www.ambafrance-ba.org/Dani-frankofonije-2016

Je suis très heureuse de revenir à Banja Luka à l’occasion des Journées de la Francophonie. Il y a de nombreux événements le 23 mars. Nous fêterons d’abord l’adhésion de l’Université de Banja Luka à l’Agence universitaire de la francophonie. Notre partenaire, la NUBRS, organisera ensuite un concours de dictée francophone pour enfants et adultes (17h), et projettera un film français sous-titré et gratuit (18h).

Enfin, le 23 mars à partir de 20h, le restaurant D.O.M. propose un menu français exceptionnel dans le cadre de l’événement mondial « Okus Francuske ». J’invite tous les Banjaluciens à venir le déguster : pas besoin de parler français pour profiter de notre gastronomie !

8. A côté de nombreuses engagements liés au travail, combien avez-vous réussi à connaitre la BH et les citoyens de ce pays ? Quelle est votre opinion de la BH et a-t-elle changé par rapport à ce que vous aviez imaginé rencontrer ici ?

Vous savez, j’ai peu de temps libre en plus de mon travail ! Mais mes fonctions me permettent de voyager beaucoup en BH et de rencontrer beaucoup d’habitants. Je pense que d’un bout à l’autre du pays, d’un peuple à l’autre, les gens ne sont pas si différents. Ce sont des gens généreux, pleins d’humour, qui voudraient tous vivre heureux là où ils sont, en BH. Mais ils sont découragés. Pour y croire, ils ont sans doute besoin d’exemples positifs.

J’ai été surprise positivement par de nombreux aspects depuis mon arrivée en BH. J’ai découvert un pays accueillant, au riche patrimoine historique, mais aussi moderne. Cela a confirmé dans mon esprit que la BH avait pour vocation d’entrer dans l’UE. En revanche, j’ignorais qu’il y avait autant de découragement face au manque d’avancées politiques et économiques. Je souhaite que la France parvienne à véritablement aider les citoyens ce de pays à se tourner ensemble vers un avenir commun.

Lien externe :
Interview originale sur le site 6yka.com

Dernière modification : 31/03/2016

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