Blog de l’Ambassadrice - L’autonomie corporelle et la santé sexuelle et reproductive sont des droits humains fondamentaux [bs]

Retrouvez la tribune publiée à l’occasion du lancement de la Coalition d’action pour l’autonomie corporelle et la santé et les droits sexuels et reproductifs en Bosnie-Herzégovine.

Par John Kennedy Mosoti, S.E. Christine Toudic, Samra Filipovic-Hadziabdic et David Saunders

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L’autonomie corporelle et la santé sexuelle et reproductive sont des droits humains fondamentaux

Le pouvoir d’une femme de contrôler son propre corps est lié au degré de contrôle qu’elle a dans d’autres sphères de sa vie. Malheureusement, pour de nombreuses personnes, et notamment pour les femmes et les jeunes filles, la vie est ponctuée de pertes d’intégrité et d’autonomie corporelles liées à un manque d’autonomie dans la prise de décisions. Différentes causes et circonstances empêchent les femmes et les adolescentes de jouir de leur autonomie et de leur intégrité corporelles. Mais l’une des causes fondamentales est la discrimination fondée sur le genre, profondément ancrée dans la culture, qui reflète et entretient les systèmes de pouvoir patriarcaux et engendre l’inégalité entre les sexes et la déresponsabilisation.

L’autonomie corporelle et la santé et les droits sexuels et reproductifs (DSSR) étaient des sujets importants lors du Forum Génération Égalité qui s’est tenu à Paris du 30 juin au 2 juillet 2021, organisé par ONU Femmes et le gouvernement français, en partenariat avec la société civile et la jeunesse. Lors du Forum, qui a servi d’opportunité générationnelle pour mettre l’autonomisation des femmes au premier plan de la lutte pour la garantie des droits humains pour toutes les filles et les femmes, des engagements révolutionnaires et le Plan mondial d’accélération pour faire progresser l’égalité des sexes d’ici 2026 ont été annoncés. Aux niveaux local, régional et mondial, les coalitions d’action, des partenariats innovants et multipartites, s’efforcent de mobiliser les gouvernements, la société civile, les organisations internationales et le secteur privé pour catalyser l’action collective. La Bosnie-Herzégovine se joint à ce processus, les partenaires se réunissant pour discuter et déterminer les actions clés visant à améliorer la situation des femmes et des filles dans les domaines essentiels de l’autonomie corporelle et des droits sexuels et reproductifs, de la sécurité économique et de la lutte contre la violence faites aux femmes.

La France, avec le Fonds des Nations unies pour la population (FNUAP), copréside la Coalition d’action pour l’autonomie corporelle et les droits sexuels et reproductifs, qui a été lancée à Sarajevo le 8 juillet 2021. Il s’agit de la première coalition d’action commune en Bosnie-Herzégovine, après le lancement mondial du Forum Génération Égalité. Elle a été lancée avec l’Agence pour l’égalité femmes-hommes de Bosnie-Herzégovine rattaché au ministère des Droits de l’Homme et des Réfugiés de BIH, ONU Femmes, et rassemble des représentants du gouvernement, des acteurs de la société civile, des professionnels éminents et des acteurs du changement, pour travailler à la protection et à la promotion de l’autonomie corporelle et des DSSR en BiH.

En 2021, le FNUAP a lancé son rapport annuel sur l’état de la population mondiale . Le thème, pour la première fois, est entièrement consacré à l’autonomie corporelle. Le rapport souligne que le pouvoir d’une femme de contrôler son propre corps est lié au degré de contrôle qu’elle a dans d’autres sphères de sa vie.

Pour qu’une femme ou une fille soit autonome dans la prise de décision en matière de santé reproductive, elle doit être en mesure de prendre ses propres décisions en termes de rapports sexuels, d’utilisation de la contraception et de recherche de soins de santé reproductive. Sur ce point, les données mondiales dressent un tableau alarmant de l’autonomie corporelle de millions de femmes et de filles : seules 55 % des filles et des femmes sont en mesure de prendre leurs propres décisions dans les trois dimensions de l’autonomie corporelle.

Alors qu’il existe un cadre juridique en BiH qui régit le droit d’accès aux services de santé sexuelle et reproductive, les résultats de l’enquête sur la santé sexuelle et reproductive et les droits reproductifs en BiH montrent qu’il existe des disparités dans les degrés de respect de ces droits dans le pays.

Le respect du droit des individus et des couples à prendre des décisions éclairées sur le fait d’avoir ou non des enfants, sur le nombre d’enfants qu’ils souhaitent et sur le moment de la naissance de chaque enfant implique que les services de planning familial soient disponibles, accessibles et de bonne qualité. Alors que la liste des médicaments essentiels de l’Organisation mondiale de la santé contient 14 contraceptifs différents, les utilisateurs de contraceptifs en Bosnie-Herzégovine doivent payer le prix fort pour la quasi-totalité des contraceptifs modernes, ce que tous les citoyens ne peuvent se permettre. Les exceptions sont deux contraceptifs dans la Republika Srpska et un contraceptif dans le canton 10 de la Fédération de BiH, qui figurent sur les listes locales de médicaments essentiels.

En outre, en vertu des lois en vigueur au niveau des entités, toute femme a le droit de choisir d’interrompre sa grossesse au cours des dix premières semaines de celle-ci. Toutefois, ce droit n’est pas pleinement respecté dans toutes les régions de la BiH. Les données montrent que plus d’un tiers (34%) des utilisateurs de services de santé sexuelle et reproductive ont déclaré que les femmes n’avaient pas accès à des informations complètes sur l’avortement, et plus de deux cinquièmes (43%) des personnes interrogées ont déclaré que les services de conseil psychologique n’étaient pas disponibles pour les femmes qui optent pour l’avortement.

De nombreuses politiques et stratégies en BiH reconnaissent la nécessité d’une éducation sexuelle et 98% des jeunes de 15 à 25 ans en BiH pensent qu’elle devrait être enseignée dans les écoles. Cependant, ce type d’éducation ne fait pas partie des programmes scolaires en BiH. Les exceptions sont les écoles primaires du canton de Sarajevo et du canton de Gorazde, où une éducation sexuelle complète adaptée à l’âge est dispensée.

Nous tous sommes obligés de soutenir la Coalition d’action pour l’autonomie corporelle et les droits sexuels et reproductifs, qui plaidera pour que toutes les filles, les adolescentes et les femmes de Bosnie-Herzégovine aient librement accès à des informations complètes sur la sexualité, à une éducation et à des services de droits sexuels et reproductifs, et pour les aider à prendre leurs propres décisions concernant leur corps, leur sexualité et leur reproduction sans coercition, violence ni discrimination. Et que leurs droits soient respectés !

John Kennedy Mosoti est le représentant du FNUAP en Bosnie-Herzégovine.
S.E. Christine Toudic est l’ambassadrice de la République française en Bosnie-Herzégovine.
Samra Filipovic-Hadziabdic est la directrice de l’Agence pour l’égalité femmes-hommes de Bosnie-Herzégovine auprès du ministère des Droits de l’Homme et des Réfugiés de Bosnie-Herzégovine.
David Saunders est le représentant d’ONU Femmes en Bosnie-Herzégovine.

Dernière modification : 28/07/2021

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